LUTZELHOUSE
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La légende de

La Fille du Géant du Nideck

Au château du Nideck, vivaient autrefois des géants, seigneurs du pays. Les géants du Nideck  étaient de vrai géants, ce qui ne s’est jamais rencontré de mieux en géants. L’un d’eux avait une fille âgée de cinq ans, donc encore toute petite, à peine haute comme une église. Ses parents ne la laissaient jamais sortir du château, mais un jour la fillette réussit à prendre la clef des champs.
A peine dehors, elle fut émerveillée du spectacle qu’elle voyait pour la première fois : les montagnes, les collines, les forêts, les rochers de grès rose, la prairie verte et sa rivière, la plaine multicolore. Elle se mit à descendre la montagne, regardant tout autour d’elle. Elle aimait faire des bouquets, et tout en marchant elle cueillait ça et là un sapin, un hêtre, un chêne.
Soudain elle s’arrête. A ses pieds elle vient de découvrir quelque chose d’extraordinaire : deux bestioles qui traînent deux petites roues et un être ridiculement petit. La fillette s’est arrêtée, pétrifiée d’étonnement. Pour elle, c’est une sorte de géant-poupée, de géant-joujou, et tout cet ensemble remue. Pour mieux voir, elle s’agenouille. Jamais elle ne s’est autant amusée ! Comme ce serait gentil d’avoir ce jouet là-haut dans le grand château si triste !
Sitôt pensé, sitôt fait. Elle a fourré le tout dans son tablier, et a repris en hâte le chemin du château.
Elle arrive dans la grande salle, et pose sur le parquet son beau jouet tout neuf. Et alors c’est beaucoup plus drôle que dans la
plaine : les deux bestioles se sauvent à toute vitesse et le géant-nain se jette à genoux, joint les mains et lève la tête vers elle en poussant des petits cris. La fillette ne se tient plus de contentement, elle pousse des hululements de joie, elle bondit comme un cabri, et ses bonds se répercutent horriblement dans tout le pays. On croit à un tremblement de terre.
Cependant le Papa-Géant ouvrit la porte :
- Eh bien fillette, que fais-tu donc ? »
- Oh, Papa ! regarde le beau jouet que j’ai rapporté ...
- Ce n’est pas un jouet ma fille. Ce petit être qui supplie est un homme. Ces bestioles qui mugissent affolées sont des boeufs encore attelés à leur charrue. Tu vas les reprendre bien doucement et les reporter à l’endroit où tu les a pris.
- Oh ! mon beau jouet ! Permets moi de le garder !
Le père fut inflexible.
- Tu vas m’obéir, et sans tarder. Sais-tu ce que faisait cet homme dans la plaine ? Il labourait la terre où il sèmera le blé qui nous donnera du pain. Cet homme si chétif, c’est lui et ses pareils qui nous nourrissent. Tu dois donc aux hommes tous les respects, comme tu dois douceur aux animaux qui les aident  dans leur dur travail. Dis-toi bien que si les petits hommes ne travaillaient pas de l’aube à la nuit dans la plaine, nous autres, les géants, malgré notre grandeur et notre force, nous n’aurions plus qu’à mourir de faim sur nos montagnes.

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